Moi Yolenda, espagnole, 17 ans, coursière aux services postaux de sa Majesté la Reine Eva, je vous conte mon quotidien.
Levée aux aurores
Après avoir passé une nuit maussade sur ma paillasse dans l'écurie entre crottins et tas de foin, car c'est là que je dors, un bon coursier doit etre près de sa monture jour et nuit, je me lève dès les premiers rayons de soleil (vivement l'hiver, je pourrais me lever plus tard). Débarbouillage rapide à l'eau claire et au savon noir, je selle ma monture et m'en vais au palais.
Les courses personnelles
Première course pour le Sieur Nerano, son Altesse se sent seule et le convie à pique-niquer sous l'arbre qui parfume. A peine le Roi loin, cette gueuse se fait culbuter par le premier venu. Retour au Palais avec un message de Nerano qui décline son invitation du midi mais préfèrerait se rencontrer plus tard, au clair de lune. Son Altesse est malheureusement déjà occupée pour la soirée, ce sera pour une autre fois cher ami. Elle n'aime pas etre contrariée en plus.
Seconde course pour le Damoiseau José, lequel remplace le Sieur Nerano au cas où. Son Altesse est seule ce soir, voudriez-vous lui tenir compagnie ? Mais certainement, à quelle heure commencent les festivités ? Au coucher du soleil Sir. Très bien, j'aménerai de quoi la divertir. Son Altesse trépigne d'impatience.
Bon, pour ce qui est des courses personnelles, c'en est fini pour aujourd'hui. Il y a des jours où cela dure jusqu'à l'après-midi car personne n'a envie de lui faire ses petits plaisirs et je dois donc me rabattre sur le quartier ouvrier pour trouver chaussure à son pied. Ma pauvre monture a les fers usés alors qu'il nous reste les courses normales à accomplir.
Les courses quotidiennes
Tout d'abord il y a les lettres du Roi à distribuer dans la bourgade, puis faire un deuxième tour pour récolter les réponses. Car son Altesse le Roi n'attend pas, il veut les réponses immédiatement. En attendant les réponses de ces bons messieurs, je fais collation au bistro des 3 roses. Bauge sale et malodorante mais les oeufs brouillés de la vieille Bertha sont délicieux et j'y retrouve mes amis de galère, comme le petit Armand qui n'hésite pas à me faire des clins d'oeil au-dessus de son oeuf poché-cassoulet. La vieille Bertha m'encourage à répondre aux avances du pauvre Armand, car avec ce pied-bot, qui voudra de toi ma pauvre Yolenda. Merci Bertha, toujours le mot qui fait plaisir...
Ensuite il y a les courses de fonds. Je transporte l'argent des impots dans les différentes banques du Roi. Pour cela, on m'arme d'un pistolet 3 coups. Comme personne ne m'a jamais attaquée, je profite des balles à disposition pour tirer un ou deux pigeons pour le souper.
Puis vient l'heure de délivrer les rappels de paiement. On m'arme alors d'un fusil à grenaille et je pars récolter l'argent des pauvres. On fait bouffer du steak à mon cheval histoire qu'il devienne un peu nerveux, ça fout la pétoche aux gens qui me donnent alors quelques sous, de peur que je leur lache mon cheval enragé dessus.
Fin de service
La journée terminée, je ballade ma monture par monts et par vaux, histoire qu'il se désintoxe du steak et qu'il se calme un peu avant de le rentrer. Je rejoins alors mes compagnons aux 3 roses et bois un pichet de blonde bien mérité. Nous jouons notre solde du jour aux cartes, buvons et fumons comme des riches. La vieille Bertha une fois saoule se met à pleurer car malgré son aspect de boxeuse elle pleure comme une Madeleine. Armand me rentre dedans comme pas permis et parfois je suis les conseils de la vieille Bertha, parfois je reve à un futur meilleur. Parce que bon, pied-bot ou pas, c'est pas une raison pour faire ma vie avec un cul-de-jatte. Je rejoins l'écurie et dors tant bien que mal sur ma paillasse, en me demandant qui de Sieur Nerano ou de Damoiseau José sera l'invité de la Reine demain... et toi Yolenda, qui sera ton invité demain ?